Tout d’abord je tiens à préciser que ce débat appartient pleinement aux élus de la Communauté de Communes de Paimpol Goëlo, et que cette tribune libre n’a que pour ambition de préciser quelques points compte tenu de la mise en cause dans ces débats de notre expérience de Lanvollon Plouha.
Depuis plusieurs mois, nous sommes sollicités par des élus, des citoyens, des associations du secteur de Paimpol, afin de présenter notre expérience en matière de gestion de notre service public communautaire de l’eau potable.
Nos services ont toujours répondu présent et je suis d’ailleurs plutôt heureux de constater que tous ceux qui ont pris le temps de venir nous voir et d’observer ce fonctionnement, se sont prononcés favorablement à la mise en œuvre d’une régie indirecte.
Je constate aussi tristement que ceux qui ont été les plus critiques, et parfois très durement (sans omettre les attaques personnelles), sont ceux qui ne nous ont rien demandé.
Nos motivations pour le choix d’une gestion publique de l’eau sont simples :
- L’eau en France, et peut-être plus encore en Bretagne, reste un enjeu politique majeur.
- La protection des ressources en eau, la production, la distribution, l’assainissement, sont des sujets locaux de grande importance qui nécessitent cohérence, mise en œuvre de solidarités intercommunales et surtout maîtrise des coûts pour nos concitoyens.
- L’eau est avant tout un bien commun et compte tenu de sa fragilité quantitative et qualitative en Bretagne, sa gestion doit être publique.
- L’eau n’est pas une marchandise et nous considérons que toutes les économies de gestion de ce service doivent revenir à ses abonnés.
Comment fonctionne une régie indirecte ?
Les abonnés du service ne payent plus leur eau à une société privée, mais à la collectivité publique à travers un budget sincère et équilibré qui n’est pas là pour dégager des profits financiers, motivation vitale pour une société privée.
Nous avons créé un service communautaire public de l’eau avec des fonctionnaires territoriaux dont nous sommes fiers et que nous défendons. Ils gèrent aujourd’hui 9600 abonnés et un budget global de 4 millions d’euros (toutes ces données sont publiques bien sûr).
Notre prix de l’eau n’a pas évolué depuis plusieurs années et se situe dans une moyenne basse par rapport à la situation départementale.
Tous les excédents financiers du service de l’eau (plus de 1 million d’euros au compte administratif 2008) sont directement investis au service de la qualité du service, de la modernisation de nos stations de pompage et de la protection de nos ressources.
Depuis 3 ans nous avons investi plus de 4 millions d’euros : création d’une station de pompage à Kério, modernisation de notre réseau, digitalisation numérique de l’ensemble des nos conduites en cours – 580 km-, achat de plus de 150 hectares de terres dans les zones de captage, facilités de paiement pour nos abonnés, cohérence avec le SPANC et demain je l’espère avec l’assainissement collectif, mise en œuvre du 1% de l’eau en faveur de la coopération décentralisée. Autant d’actions concrètes déjà engagées.
Aujourd’hui nous réfléchissons à la substitution de l’usage de l’eau de surface du Leff par des ressources en eau souterraine protégées. Si nous aboutissons, ce que je crois, nous produirons plus de 1 million de m3 d’eau dont plus des ¾ sans aucune trace de nitrates et de pesticides.
Nous avons décidé (à la quasi unanimité) lors de notre dernier conseil communautaire, que les économies que nous allons effectuer suite à cette dernière décision, nous les mettrons d’une part au service d’actions nouvelles de protection sur le Leff et d’autre part au service des communes et des agriculteurs touchés par les zones de protection.
Le Leff reste pour nous tous un bien commun.
Nous travaillons également à l’installation d’agriculteurs bios sur ces zones de captage afin de concilier économie et écologie dans la gestion de ces espaces.
Alors, tout ceci pour vous dire que la gestion publique de l’eau sur notre Communauté de Communes est un vrai projet politique au service de ses habitants.
Même si la tâche est immense sur la question de l’eau (et les marées vertes nous le rappellent tristement encore cet été) nous pensons que l’eau doit être au cœur de l’ensemble des politiques publiques de nos territoires. Et c’est finalement le développement économique et social de ces territoires qui fera la qualité des eaux de nos rivières demain. D’où l’importance je crois de cette compétence communautaire et non plus syndicale. Sur ce point je me permets de faire observer que dans la situation de Paimpol la difficulté a été d’assumer dans le même temps le transfert de compétences vers la Communauté de Communes et le choix du mode de gestion. Se donner un peu de temps ne serait pas superflu.
Pour conclure je dois vous avouer avoir mis en garde les fervents d’une telle décision des difficultés nombreuses qu’ils allaient trouver sur leur chemin.
Pressions des sociétés privées (tout naturellement), pressions des réseaux divers et variés, dont on doit taire les noms, attaques et défenses d’intérêts particuliers, discrédit de l’action publique de certains élus…
Tout ceci on l’a aussi vécu donc rien ne me surprend. Il nous avait fallu à l’époque le licenciement de l’ingénieur qui nous avait fait l’étude de la Communauté de Communes de Lanvollon Plouha pour le compte d’un cabinet dit « indépendant » d’expertise pour qu’unanimement nos 15 communes se serrent les coudes et fassent bloc contre une décision « intolérable » pour les sociétés privées.
Je constate aujourd’hui avec satisfaction que ce fonctionnement fait l’unanimité politique des élus et finalement, 10 ans après, c’est peut-être cela notre plus belle réussite, même si je le répète la tâche reste immense.